La Brèche · Positions revue · Analyse de la valeur

Lire un bilan en marxiste

Un hôpital privé dégage 380 millions d’euros et « ne peut pas » payer ses infirmières 2 500 €. On lit ses comptes ligne à ligne, on les traduit en Marx, et on regarde ce que la CSGU y changerait — pour les infirmières, pour le groupe et pour la Sécu.

Ce qu’il dit

« Si je les payais 2 500 euros, je serais directement en négatif. » — MC Pao, groupe San Donato.

Ce que répond Positions revue

Mensonge bourgeois. Il ne paie pas ses infirmières selon sa capacité financière, mais à la valeur moyenne de la force de travail des infirmières dans l’état du capitalisme. Il cherche à maximiser son profit. Une simple analyse de la valeur suffit.

1 · LE VOCABULAIRE DU CAPITAL

Le compte de résultat : une cascade

On part de ce que le groupe encaisse, on retranche ce qu’il paie, et ce qui reste à chaque étage porte un nom. Deux chiffres viennent du thread connus, les autres sont les ratios habituels d’un groupe hospitalier hypothèses.

ÉtageEn clairM€ / an
Chiffre d’affairesCe que les patients, la Sécu et les assurances paient2 700
− AchatsMédicaments, matériel, énergie, loyers− 810
= Valeur ajoutéeLa richesse créée dans les murs du groupe≈ 1 890
− PersonnelTous les salaires, super-brut : net + part salariale + part patronale (dont 214,5 M€ pour 5 500 infirmières)− 1 440
− Impôts de productionTaxes sur l’activité− 70
= EBITDALe « profit opérationnel », avant usure des équipements, banques et impôt380
− AmortissementsL’usure annuelle des bâtiments et machines− 120
= EBITRésultat d’exploitation≈ 260
− Intérêts, − impôt sur les bénéficesLa part des banques, la part de l’État− 100
= Résultat netDividendes et réserves des propriétaires≈ 160

San Donato est italien ; le thread raisonne avec les cotisations françaises. On garde cette convention : le mécanisme est le même. Les étages reconstitués sont cohérents avec le CA et l’EBITDA connus (1 890 − 1 440 − 70 = 380).

À retenir

Dans cette cascade, le salaire est une « charge » et le profit un « reste ». C’est l’inverse du réel : le travail crée les 1 890 M€, le profit est une part qu’on en retire.

1 bis · LES CHIFFRES DE LA FINANCE

EBITDA, EBIT, résultat net : trois mesures du même profit

Pourquoi MC Pao dit « EBITDA » et pas « bénéfice » ? Parce que chaque étage a son lecteur.

SigleC’est quoiQui le regardeEn Marx
EBITDA
= EBE, excédent brut d’exploitation
Le profit avant usure, intérêts et impôts. La trésorerie que l’activité dégage.Banques et fonds : ce qui rembourse la dette. Acheteurs : le prix d’une entreprise = un multiple d’EBITDA.La plus-value brute.
EBITEBITDA − usure des équipements.Dirigeants : rentabilité du capital engagé.La plus-value nette.
Résultat netEBIT − intérêts − impôt.Actionnaires : dividendes, réserves.Le profit d’entreprise.

Pourquoi l’EBITDA commande tout : la capitalisation

Un groupe de cliniques ne vaut pas ses murs, il vaut ce qu’il promet de dégager : 8 à 12 fois l’EBITDA. San Donato « vaut » donc 3 à 4,5 milliards.

Valeur à 10 × EBITDA
≈ 3,8 Md€
Après + 800 € nets
≈ 2,55 Md€
Perdu par les propriétaires
≈ 1,25 Md€

Voilà le vrai sens de « en négatif » : 125 M€ d’EBITDA en moins par an, c’est 1,25 milliard de patrimoine en moins au multiple de 10. Un euro de salaire coûte un euro au capitaliste industriel et dix euros au capitaliste propriétaire.

Et la dette

Les groupes de cliniques se construisent par rachats à crédit. Les prêteurs fixent une limite : dette nette ≤ 4 à 5 × EBITDA. Avec 1,2 Md€ de dette (hypothèse), le levier passe de 3,2 à 4,7 si l’EBITDA tombe à 255 : les banques reprennent la main. L’EBITDA est d’abord une garantie donnée aux créanciers — faite des heures non payées du §3.

Le capital porteur d’intérêt capitalise tout revenu régulier : une entreprise vaut la plus-value future qu’elle promet d’extraire. Ses titres sont du capital fictif.Marx, Le Capital, Livre III, ch. XXIV et XXIX.
À retenir

Défendre son EBITDA, ce n’est pas défendre la survie de l’entreprise : c’est défendre sa capitalisation et ses banquiers. C’est cette grandeur-là, VA − v, que la CSGU rend visible et fait cotiser davantage — 20 % sur toute la VA, salaires compris, plus 33 % sur la part capital, avant que quiconque se serve.

2 · LA TRADUCTION

Le même bilan, en Marx

M = c + v + plvaleur produite = capital constant + capital variable + plus-value
MarxDans le compte de résultatCe que c’estM€
cAchats + amortissementsDu travail passé, déjà payé. Les machines transmettent leur valeur, elles n’en créent pas.930
vPersonnel, super-brutLe prix de la force de travail. Net, part salariale, part patronale : pour le capital, une seule grandeur.1 440
plEBIT + impôts de productionLe travail non payé : ce que le travail crée au-delà de ce qu’il coûte.330
c · 930v · 1 440pl · 330
capital constantcapital variable (tous les salaires)plus-value nette
Seul le travail vivant crée de la valeur nouvelle. La valeur ajoutée du comptable, c’est v + pl : la « valeur nouvellement créée » de Marx. Enlever les salaires, c’est isoler la plus-value.Marx, Le Capital, Livre I, section III ; P. Le Masne, Cahiers d’économie politique, 2024.
À retenir

Le comptable et Marx mesurent la même chose. Le comptable demande « combien reste-t-il au propriétaire ? » ; Marx demande « d’où ça vient ? ». Réponse : du travail non payé.

3 · LA MESURE

Combien d’heures non payées par jour

e = pl / vtaux d’exploitation

Plus-value brute (EBITDA + impôts de production)

31 %

450 / 1 440

Plus-value nette (après usure des équipements)

23 %

330 / 1 440 — la mesure prudente

Le pont : de l’EBITDA du comptable (380) à la plus-value de Marx (330)

Les deux chiffres mesurent le même travail non payé, mais le comptable retire deux lignes avant d’appeler « profit » ce qui reste, et Marx les range autrement.

ÉtapePourquoiM€
EBITDA du comptableVA 1 890 − personnel 1 440 − impôts de production 70.380
+ impôts de productionLe comptable les classe en « charge », comme le salaire. Pour Marx, ce sont un prélèvement de l’État sur le surplus, pas un coût du travail ni des machines : ils sortent de la plus-value, ils en font partie. On les remet.+ 70
= Plus-value brute (VA − v)Tout ce que le travail vivant crée au-delà de son prix. C’est la grandeur que la CSGU fait apparaître entreprise par entreprise.450
− amortissementsL’usure des bâtiments et des machines n’est pas de la valeur créée : c’est du capital constant qui se transmet au produit (Livre I, ch. VIII). Le comptable ne la retire qu’après l’EBITDA ; Marx la retire de la valeur nouvelle pour isoler le surplus net.− 120
= Plus-value netteEBIT 260 + impôts de production 70. C’est elle qui se partage ensuite en intérêts (40), impôts (130) et résultat net (160) au §6.330

Pourquoi deux mesures ? La plus-value brute (450, taux 31 %) dit ce que les infirmières produisent au-delà de leur salaire avant que le capital ne se rembourse sa propre usure ; la nette (330, taux 23 %) dit ce que la classe capitaliste — propriétaires, banques, État — se partage réellement. La prudente est la nette ; la juste, pour mesurer l’exploitation, est la brute : l’usure des machines est payée par le travail des infirmières, pas par MC Pao.

Sur une journée de 7 h 36 :

1 h 26 non payée

Au taux de 23 % : travail nécessaire 6 h 10, surtravail 1 h 26. Au taux de 31 % : 1 h 48. Chaque infirmière travaille chaque jour entre une heure et demie et presque deux heures pour l’EBITDA.

La forme salaire efface toute trace de la division de la journée entre travail payé et travail non payé.Marx, Le Capital, Livre I, ch. XIX.
4 · LE SALAIRE

Pourquoi 1 700 € ? Pas « ses moyens » : le prix de la force de travail

Le salaire n’est pas une part du profit

C’est le prix d’une marchandise, la force de travail : ce qu’il faut pour se loger, se nourrir, se former, élever des enfants, se soigner — se reproduire comme infirmière. Ce prix est fixé par le coût de la vie et par la lutte des classes, pas par le bilan de l’employeur. Un groupe à 380 M€ paie 1 700 € pour la même raison qu’un groupe à 38 M€.

Le patron minimise v par fonction

Son profit, c’est VA − v. Chaque euro de salaire en plus est un euro de plus-value en moins. Il ne « peut pas » payer 2 500 €, non parce que ses comptes l’interdisent (voir §5), mais parce que son rôle est de maximiser pl. La pénurie d’infirmières devrait faire monter le prix ; conventions, tarifs administrés et intensification du travail le tiennent en dessous.

La valeur de la force de travail, c’est la valeur des subsistances nécessaires à l’entretien du travailleur — et de ses remplaçants. Santé, retraite, famille en font partie : pour le capital, ce sont des composantes de v.Marx, Le Capital, Livre I, ch. VI ; Salaire, prix et profit (1865).
5 · LE TEST

+ 800 € nets : le groupe « en négatif » ?

Le calcul du thread : + 800 € nets par mois pour 5 500 infirmières, coût complet super-brut.

VariableValeur
Salaire net actuel (13 mois)1 700 € → 2 500 €
Coût super-brut de la hausse, par infirmière (net + part salariale + part patronale)+ 1 742 € / mois
Masse salariale des infirmières214,5 → 339,15 M€
Surcoût pour le groupe+ 124,65 M€ / an
EBITDA après la hausse255 M€
EBITDA aujourd’hui
380 M€
Avec + 800 € nets
255 M€
EBITDA à zéro
+ 2 440 € nets

Le groupe reste bénéficiaire avec 255 M€ de travail non payé. Pour mettre vraiment l’EBITDA à zéro, il faudrait + 2 440 € nets par mois par infirmière, pas 800.

À retenir

« Je serais en négatif » veut dire : « mon profit serait d’un tiers plus petit, et mon groupe vaudrait un milliard de moins ».

6 · LE PARTAGE

Où va la plus-value

Une fois extraite, elle se fragmente — et chaque part prend un nom qui la fait passer pour un « coût ».

≈ 40 M€Intérêts : la part des banques
≈ 130 M€Impôts : la part de l’État (qui en rend une partie par les exonérations)
≈ 160 M€Résultat net : dividendes et réserves des propriétaires
330 M€Au total : la plus-value nette, toute faite des heures du §3
Le profit n’est pas empoché tout entier par l’employeur capitaliste. Intérêt, rente et profit d’entreprise sont trois parts d’une même plus-value, pas trois valeurs qui s’additionnent.Marx, Salaire, prix et profit, XII ; Le Capital, Livre III, ch. XLVIII — la formule trinitaire.
À retenir

Tant que banques, État et actionnaires sont des « coûts à couvrir avant les salaires », le patron « n’a pas les moyens ». Lus comme des parts du travail non payé, la question devient : qui décide du partage ?

7 · LA LOI

Pourquoi le capital doit comprimer v — et la Sécu avec

p = pl / (c + v)taux de profit : ce que regarde le capitaliste

Pour tenir ce taux, qui tend à baisser quand les machines (c) prennent le pas sur le travail (v), le capital n’a que deux leviers :

Exploiter plus

À l’hôpital, on automatise peu : on densifie. Sous-effectifs, patients par soignante, nuits, 12 heures. C’est la chronique Une vie d’infirmière : « je n’aurai pas le temps d’écouter la réponse ».

Payer v en dessous de sa valeur

Geler les grilles, intérim, contrats courts — et obtenir de l’État la baisse des cotisations. Car les cotisations sont dans v : regardez les 1 742 € pour 800 € nets.

Les premières causes qui contrecarrent la baisse du taux de profit : élever le degré d’exploitation, réduire le salaire au-dessous de sa valeur.Marx, Le Capital, Livre III, ch. XIII-XIV.
À retenir — le point décisif

Dans ce bilan, la Sécu n’existe pas comme institution : elle est dissoute dans la ligne « personnel », dans v. Chaque fois que le groupe comprime v, il comprime la Sécu. Ce n’est pas une mauvaise gestion : c’est l’assiette.

8 · LA RÉPONSE

La CSGU appliquée à San Donato, sans rien changer d’autre

On prend le bilan actuel du groupe, on applique la CSGU en régime permanent — plus aucune cotisation sur le salaire, l’ancien brut versé en net, et le barème arbitré : 20 % de toute la valeur ajoutée + 33 % de la part capital (VA moins les salaires versés, plafonnés à 2,5 SMIC par tête) — et on regarde qui reçoit quoi. Aucune augmentation de salaire n’est simulée ici : seul le mécanisme change.

Le compte de résultat, avant et après

ÉtageAujourd’huiAvec la CSGU
Valeur ajoutée1 8901 890
Salaires nets versés aux salariés7911 014 (l’ancien brut)
Part salariale (cotisations, CSG, CRDS)2230
Part patronale4260
= Charges de personnel1 4401 014
CSGU : 20 % × 1 890 + 33 % × (1 890 − 1 014)—667
Impôts de production7070
EBITDA380139
− Amortissements (usure des équipements, 4,5 % du CA)− 120− 120
= EBIT (résultat d’exploitation)26019
− Intérêts (la dette ne change pas)− 40− 40
− Impôt sur les bénéfices− 600 (pas de bénéfice)
= Résultat net160− 21
Dividendes et réserves1600
Capacité d’autofinancement (EBITDA − intérêts − impôt)28099

M€ / an. Décomposition du super-brut aux taux 2026 du régime général (brut = super-brut / 1,42 ; net = brut × 0,78). Barème bi-composante du corpus (décision n° 7) : part capital de San Donato = 876 / 1 890 = 46 %, taux effectif 20 % + 33 % × 46 % = 35,3 % — sous la moyenne nationale (≈ 38 %), parce qu’un hôpital est une entreprise de main-d’œuvre ; le plafond de 2,5 SMIC par tête (≈ 75 000 € par an) est supposé sans effet sur une masse salariale d’infirmières. Amortissements, intérêts et impôt sont les hypothèses de la cascade du §1 ; à tarifs et dette inchangés.

Jusqu’au résultat net, le groupe passe tout juste en perte : − 21 M€. Il garde une trésorerie d’exploitation positive (99 M€ après intérêts), inférieure à l’usure de ses équipements (120) : plus de dividende, un renouvellement du capital incomplet, une dette remboursée plus lentement. L’État perd aussi les 60 M€ d’impôt sur les bénéfices — déplacés, avec le reste, vers la Caisse et les salariés. À taux unique de 38 % sur la VA, la perte serait de 72 M€ ; le barème modulé ménage l’entreprise de main-d’œuvre et charge l’entreprise automatisée ou financiarisée (≈ 47 %).

Qui reçoit quoi

+ 223 M€Les salariés : le net passe de 791 à 1 014 M€, + 28 %. Une infirmière à 1 700 € nets touche 2 180 €, sans augmentation.
+ 17 M€La Sécu : de 650 M€ (pris dans v) à 667 M€ (20 % de toute la VA + 33 % de la part capital), et la composante fixe ne dépend plus des salaires.
− 241 M€Le capital : l’EBITDA passe de 380 à 139 M€, le résultat net de + 160 à − 21. Plus de dividende ; capitalisation de 3,8 à 1,4 Md€.
= 0Le compte est exact : 223 + 17 = 240 ≈ 241. Ce que le capital perd, les salariés et la Sécu le reçoivent (et l’État perd 60 d’impôt sur un bénéfice qui n’existe plus). C’est le partage à la source.
Sécu, aujourd’hui
≈ 650 M€
Sécu, avec la CSGU
≈ 667 M€
Net des salariés, aujourd’hui
791 M€
Net des salariés, avec la CSGU
1 014 M€

Pourquoi le profit encaisse-t-il tout ? Parce que la part salariale (223 M€) cesse d’aller à la Sécu pour aller aux salariés, et que la Sécu, au lieu d’être financée par la part patronale (426 M€), l’est par la valeur ajoutée (667 M€). Un hôpital, où le travail fait 54 % de la VA une fois l’ancien brut versé, est une entreprise de main-d’œuvre : le barème le place sous la moyenne (35 % contre 38) ; à l’inverse, un groupe à forte marge et peu de salariés monterait vers 47 %. C’est voulu : la cotisation suit la valeur créée et monte avec la part qu’en capte le capital.

Exemple à destination, à tarifs inchangés. La montée se fait par paliers (en 2027, les cotisations sont maintenues et la recette garantie à 700 Md€ au niveau national) ; dans le programme, les groupes hospitaliers privés rejoignent le Pôle public hospitalier et leurs recettes viennent de la Caisse, qui fixe les tarifs. Lu en marxiste, le résultat net négatif dit une chose simple : à ce taux, ce groupe ne peut plus financer sa Sécu en comprimant ses salariés ; il ne peut plus la financer qu’en cessant d’être un capital.

L’impôt de répartition productive (IRP), en détail

La simulation ci-dessus garde les 70 M€ d’impôts de production et met l’impôt sur les bénéfices à zéro. Dans le programme, les deux disparaissent dans un seul impôt, l’impôt de répartition productive, qui ne taxe plus le bénéfice comptable mais l’écart entre le partage observé de la valeur ajoutée et la cible 70/30 travail/capital — le partage de la France de 1965-1985, avant la chute à 63-66 % aujourd’hui.

  • Assiette. La valeur ajoutée est partagée en part travail (salaires versés, intéressement et participation des non-actionnaires, formation effective) et part capital (tout le reste : excédent, amortissements, intérêts, loyers excessifs, dividendes, rachats d’actions). Le taux dépend du ratio part travail / VA.
  • Cinq zones. Part travail ≥ 70 % : 0 % (coopératives, services à la personne, PME familiales). 60-70 % : 0 à 8 %, transition douce. 50-60 % : 8 à 25 %, rappel à l’ordre (grande distribution, grandes ETI). 40-50 % : 25 à 50 %, redistribution forte (chimie-pharmacie, numérique, télécoms). ≤ 40 % : 50 à 75 %, extinction de la captation (luxe, banques systémiques, énergie fossile, plateformes) — ces groupes ne tiennent qu’en passant en cogestion, en cédant des parts aux salariés ou en déplaçant leur résultat vers les salaires.
  • Convention de calcul continue (celle des simulateurs du programme) : IRP ≈ 43 % × (part capital − 30 %) × VA, nul sous 30 % de part capital.
  • Clause de sauvegarde. L’IRP est écrêté pour laisser à l’entreprise un profit de 10 % de sa valeur ajoutée : il ne tue pas l’entreprise de main-d’œuvre, il plafonne la rente. Trajectoire : partage 65/35 en 2032, 70/30 en 2037, soit ≈ 100 Md€ par an déplacés du capital vers le travail ; rendement ≈ 160 Md€ (dont ≈ 95 d’impôts de production absorbés), une part (≈ 70 Md€) étant affectée à la Caisse dès 2027.
  • Garde-fou. Le profit déguisé en salaire — le propriétaire qui se paie, lui ou sa famille, pour gonfler la part travail — est compté comme du capital au-delà de la rémunération normale (au plus 2,5 SMIC, trois fois le salaire médian de l’entreprise ou la référence de la filière), et imposé comme un revenu du capital.

Appliqué à San Donato. Part travail = 1 014 / 1 890 = 54 % : zone 3, « rappel à l’ordre ». En convention continue, 43 % × (46 % − 30 %) = 6,9 % de la VA, soit ≈ 130 M€ avant écrêtement. Mais au taux de destination de la CSGU, le profit du groupe avant IRP (EBITDA 209 une fois les impôts de production absorbés, moins 120 d’usure et 40 d’intérêts : 49 M€, soit 2,6 % de la VA) est déjà sous le plancher de 10 % : l’IRP est nul. En régime complet, San Donato paie donc 667 de CSGU, zéro impôt sur les bénéfices, zéro impôt de production, zéro IRP — et garde un résultat de + 49 M€ au lieu de − 21 : la cotisation a fait le travail que l’impôt n’a plus à faire. Le seuil du profit privé recule alors de b ≈ 31 % à b ≈ 39 %. La case « impôts de production absorbés par l’IRP » du curseur ci-dessous montre ce régime complet.

Option : faire varier le taux avec un curseur — détail du compte à chaque valeur, seuils et explications

La simulation ci-dessus est faite au barème arbitré (20 % de la VA + 33 % de la part capital). La fraction sur la part capital, b, est le taux que l’assemblée de la Caisse arrête chaque année : voici ce que donne San Donato quand on la déplace, du 20 % flat jusqu’au-delà du taux de destination. Tout le reste est tenu constant : tarifs, dette, activité, salaires versés (l’ancien brut, 1 014 M€).

CSGU = 20 % × 1 890 + 33 % × (1 890 − 1 014)

33 %
0 · 20 % flat
26 · 704 Md€ (2027)
35 · 804 Md€
44 · 900 Md€
80
35,3 %
taux effectif de San Donato (sur sa VA)
667
CSGU, M€ (649 aujourd’hui)
− 21
résultat net, M€ (160 aujourd’hui)
38 %
taux moyen national · rendement sur 2 100 Md€

Lire les seuils

Vert — profit privéLe résultat reste positif : dividendes et capitalisation subsistent, dans la limite que l’IRP laisse.
Ambre — capital privé éteint, hôpital vivantPlus de profit, donc plus d’actionnaire ; mais l’EBITDA couvre encore les 120 M€ d’usure : repris par le Pôle Public Hospitalier, financé à 0 %, le groupe continue tel quel. C’est la socialisation — la destination du programme pour les cliniques.
Rouge — éteint à tarifs constantsMême sans intérêt ni impôt, la VA ne couvre plus salaires, cotisation et usure : les tarifs hospitaliers, que fixe la Caisse unique, doivent suivre la cotisation.

Hypothèses : comptes reconstitués du §1 ; salaires versés = ancien brut (règle du programme) ; plafond de 2,5 SMIC par tête sans effet sur une masse salariale d’infirmières ; gestion publique = intérêts à 0 % (BPP), pas d’impôt, pas de dividende ; rendement national = 20 % × 2 100 + b × 52 % × 2 100 (assiette de destination, part capital agrégée ≈ 52 %) ; 704 Md€ garantis en 2027, 804 au bouclage de destination, 900 avec la retraite sans calcul. Ordres de grandeur pour comprendre le mécanisme, pas un chiffrage.

Ce qui change quand les salaires bougent

+ 800 € nets par infirmièreAujourd’huiAvec la CSGU
Ce que reçoivent les infirmières+ 57 M€+ 57 M€
Ce que reçoit la Sécu en plus+ 67 M€− 19 M€ (la part capital baisse de 57, la CSGU de 33 % de 57)
Ce que paie le groupe124,65 M€38 M€ (57 de salaires − 19 de cotisation)
EBITDA après la hausse255 M€ (sur 380)101 M€ (sur les 139 de la simulation ci-dessus)
Le groupe baisse les salaires de 10 %Aujourd’hui (− 144 M€ de v)Avec la CSGU (− 101 M€ de salaires versés)
Ce que perd la Sécu− 65 M€+ 33 M€ (la part capital monte de 101, la CSGU de 33 % de 101)
Ce que gagne le groupe+ 144 M€+ 68 M€ seulement — et l’IRP relève encore le taux

Aujourd’hui, la Sécu est liée au salaire : elle gagne quand il monte, perd quand il baisse — elle est donc comprimée avec lui. Avec la CSGU, la Sécu est liée à la valeur créée et au partage qu’en fait le capital : comprimer v lui rapporte, relever v coûte au capital deux fois moins cher qu’aujourd’hui — c’est l’incitation voulue, jusqu’à 2,5 SMIC par tête ; au-delà, un salaire de plus ne réduit plus rien, et le patron qui se paie au-dessus de la norme est compté comme du capital. La plus-value, VA − v, est mesurée et déclarée ; la cotisation porte sur la VA entière, puis sur la part capital.

Ce que ça change pour les patients et les salariés du groupe

À retenir

La CSGU ne demande pas à MC Pao s’il a les moyens. Elle prélève sur tout ce que ses infirmières ont produit, salaires compris, avant que le groupe ne se serve — et en soustrayant ce qu’elles ont été payées, elle fait apparaître la survaleur, sur laquelle son taux monte. C’est la seule cotisation qui lit le bilan comme Marx, et la seule que le capital ne peut réduire en comprimant les salaires : les comprimer la fait monter.

Pourquoi c’est nécessaire. Tant que la Sécu est dans v, chaque crise du taux de profit se règle sur elle : exonérations, gel, déremboursements, mutuelles. Le 100 % Sécu que tout le monde promet, financé sur le salaire, serait repris à la crise suivante. Assise sur toute la valeur ajoutée, à un taux qui suit la part du capital, la Sécu cesse d’être la variable d’ajustement du profit : elle en vit, et elle le limite.

9 · LEXIQUE ET SOURCES

Les mots

Valeur ajoutée
Chiffre d’affaires − achats. En Marx : v + pl, la valeur nouvellement créée.
c, v, pl
Capital constant (machines, achats : transmet sa valeur) ; capital variable (salaires super-brut : la seule part qui produit plus qu’elle ne coûte) ; plus-value (le travail non payé).
Net, brut, super-brut
Net : sur le compte. Brut : net + part salariale (cotisations, CSG, CRDS). Super-brut : brut + part patronale. Pour le capital : v.
EBITDA, EBIT, résultat net
Profit avant usure, intérêts et impôt ; après usure ; après intérêts et impôt. Lecteurs : prêteurs et acheteurs, dirigeants, actionnaires.
Capitalisation, levier
Prix d’une entreprise = multiple × EBITDA. Levier = dette nette / EBITDA, plafonné par les prêteurs.
Taux d’exploitation, taux de profit
pl / v (se lit en heures de la journée) ; pl / (c + v) (ce que regarde le capitaliste).
CSGU
Cotisation Sociale Généralisée Unifiée : la protection sociale financée sur la valeur ajoutée des entreprises, plus aucune cotisation sur le salaire, Caisse unique gérée par les travailleurs et les usagers.

Sources

33 %667 M€ · − 21