Le compte de résultat : une cascade
On part de ce que le groupe encaisse, on retranche ce qu’il paie, et ce qui reste à chaque étage porte un nom. Deux chiffres viennent du thread connus, les autres sont les ratios habituels d’un groupe hospitalier hypothèses.
| Étage | En clair | M€ / an |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | Ce que les patients, la Sécu et les assurances paient | 2 700 |
| − Achats | Médicaments, matériel, énergie, loyers | − 810 |
| = Valeur ajoutée | La richesse créée dans les murs du groupe | ≈ 1 890 |
| − Personnel | Tous les salaires, super-brut : net + part salariale + part patronale (dont 214,5 M€ pour 5 500 infirmières) | − 1 440 |
| − Impôts de production | Taxes sur l’activité | − 70 |
| = EBITDA | Le « profit opérationnel », avant usure des équipements, banques et impôt | 380 |
| − Amortissements | L’usure annuelle des bâtiments et machines | − 120 |
| = EBIT | Résultat d’exploitation | ≈ 260 |
| − Intérêts, − impôt sur les bénéfices | La part des banques, la part de l’État | − 100 |
| = Résultat net | Dividendes et réserves des propriétaires | ≈ 160 |
San Donato est italien ; le thread raisonne avec les cotisations françaises. On garde cette convention : le mécanisme est le même. Les étages reconstitués sont cohérents avec le CA et l’EBITDA connus (1 890 − 1 440 − 70 = 380).
Dans cette cascade, le salaire est une « charge » et le profit un « reste ». C’est l’inverse du réel : le travail crée les 1 890 M€, le profit est une part qu’on en retire.
EBITDA, EBIT, résultat net : trois mesures du même profit
Pourquoi MC Pao dit « EBITDA » et pas « bénéfice » ? Parce que chaque étage a son lecteur.
| Sigle | C’est quoi | Qui le regarde | En Marx |
|---|---|---|---|
| EBITDA = EBE, excédent brut d’exploitation | Le profit avant usure, intérêts et impôts. La trésorerie que l’activité dégage. | Banques et fonds : ce qui rembourse la dette. Acheteurs : le prix d’une entreprise = un multiple d’EBITDA. | La plus-value brute. |
| EBIT | EBITDA − usure des équipements. | Dirigeants : rentabilité du capital engagé. | La plus-value nette. |
| Résultat net | EBIT − intérêts − impôt. | Actionnaires : dividendes, réserves. | Le profit d’entreprise. |
Pourquoi l’EBITDA commande tout : la capitalisation
Un groupe de cliniques ne vaut pas ses murs, il vaut ce qu’il promet de dégager : 8 à 12 fois l’EBITDA. San Donato « vaut » donc 3 à 4,5 milliards.
Voilà le vrai sens de « en négatif » : 125 M€ d’EBITDA en moins par an, c’est 1,25 milliard de patrimoine en moins au multiple de 10. Un euro de salaire coûte un euro au capitaliste industriel et dix euros au capitaliste propriétaire.
Et la dette
Les groupes de cliniques se construisent par rachats à crédit. Les prêteurs fixent une limite : dette nette ≤ 4 à 5 × EBITDA. Avec 1,2 Md€ de dette (hypothèse), le levier passe de 3,2 à 4,7 si l’EBITDA tombe à 255 : les banques reprennent la main. L’EBITDA est d’abord une garantie donnée aux créanciers — faite des heures non payées du §3.
Défendre son EBITDA, ce n’est pas défendre la survie de l’entreprise : c’est défendre sa capitalisation et ses banquiers. C’est cette grandeur-là, VA − v, que la CSGU rend visible et fait cotiser davantage — 20 % sur toute la VA, salaires compris, plus 33 % sur la part capital, avant que quiconque se serve.
Le même bilan, en Marx
| Marx | Dans le compte de résultat | Ce que c’est | M€ |
|---|---|---|---|
| c | Achats + amortissements | Du travail passé, déjà payé. Les machines transmettent leur valeur, elles n’en créent pas. | 930 |
| v | Personnel, super-brut | Le prix de la force de travail. Net, part salariale, part patronale : pour le capital, une seule grandeur. | 1 440 |
| pl | EBIT + impôts de production | Le travail non payé : ce que le travail crée au-delà de ce qu’il coûte. | 330 |
Le comptable et Marx mesurent la même chose. Le comptable demande « combien reste-t-il au propriétaire ? » ; Marx demande « d’où ça vient ? ». Réponse : du travail non payé.
Combien d’heures non payées par jour
Plus-value brute (EBITDA + impôts de production)
450 / 1 440
Plus-value nette (après usure des équipements)
330 / 1 440 — la mesure prudente
Le pont : de l’EBITDA du comptable (380) à la plus-value de Marx (330)
Les deux chiffres mesurent le même travail non payé, mais le comptable retire deux lignes avant d’appeler « profit » ce qui reste, et Marx les range autrement.
| Étape | Pourquoi | M€ |
|---|---|---|
| EBITDA du comptable | VA 1 890 − personnel 1 440 − impôts de production 70. | 380 |
| + impôts de production | Le comptable les classe en « charge », comme le salaire. Pour Marx, ce sont un prélèvement de l’État sur le surplus, pas un coût du travail ni des machines : ils sortent de la plus-value, ils en font partie. On les remet. | + 70 |
| = Plus-value brute (VA − v) | Tout ce que le travail vivant crée au-delà de son prix. C’est la grandeur que la CSGU fait apparaître entreprise par entreprise. | 450 |
| − amortissements | L’usure des bâtiments et des machines n’est pas de la valeur créée : c’est du capital constant qui se transmet au produit (Livre I, ch. VIII). Le comptable ne la retire qu’après l’EBITDA ; Marx la retire de la valeur nouvelle pour isoler le surplus net. | − 120 |
| = Plus-value nette | EBIT 260 + impôts de production 70. C’est elle qui se partage ensuite en intérêts (40), impôts (130) et résultat net (160) au §6. | 330 |
Pourquoi deux mesures ? La plus-value brute (450, taux 31 %) dit ce que les infirmières produisent au-delà de leur salaire avant que le capital ne se rembourse sa propre usure ; la nette (330, taux 23 %) dit ce que la classe capitaliste — propriétaires, banques, État — se partage réellement. La prudente est la nette ; la juste, pour mesurer l’exploitation, est la brute : l’usure des machines est payée par le travail des infirmières, pas par MC Pao.
Sur une journée de 7 h 36 :
Au taux de 23 % : travail nécessaire 6 h 10, surtravail 1 h 26. Au taux de 31 % : 1 h 48. Chaque infirmière travaille chaque jour entre une heure et demie et presque deux heures pour l’EBITDA.
Pourquoi 1 700 € ? Pas « ses moyens » : le prix de la force de travail
Le salaire n’est pas une part du profit
C’est le prix d’une marchandise, la force de travail : ce qu’il faut pour se loger, se nourrir, se former, élever des enfants, se soigner — se reproduire comme infirmière. Ce prix est fixé par le coût de la vie et par la lutte des classes, pas par le bilan de l’employeur. Un groupe à 380 M€ paie 1 700 € pour la même raison qu’un groupe à 38 M€.
Le patron minimise v par fonction
Son profit, c’est VA − v. Chaque euro de salaire en plus est un euro de plus-value en moins. Il ne « peut pas » payer 2 500 €, non parce que ses comptes l’interdisent (voir §5), mais parce que son rôle est de maximiser pl. La pénurie d’infirmières devrait faire monter le prix ; conventions, tarifs administrés et intensification du travail le tiennent en dessous.
+ 800 € nets : le groupe « en négatif » ?
Le calcul du thread : + 800 € nets par mois pour 5 500 infirmières, coût complet super-brut.
| Variable | Valeur |
|---|---|
| Salaire net actuel (13 mois) | 1 700 € → 2 500 € |
| Coût super-brut de la hausse, par infirmière (net + part salariale + part patronale) | + 1 742 € / mois |
| Masse salariale des infirmières | 214,5 → 339,15 M€ |
| Surcoût pour le groupe | + 124,65 M€ / an |
| EBITDA après la hausse | 255 M€ |
Le groupe reste bénéficiaire avec 255 M€ de travail non payé. Pour mettre vraiment l’EBITDA à zéro, il faudrait + 2 440 € nets par mois par infirmière, pas 800.
« Je serais en négatif » veut dire : « mon profit serait d’un tiers plus petit, et mon groupe vaudrait un milliard de moins ».
Où va la plus-value
Une fois extraite, elle se fragmente — et chaque part prend un nom qui la fait passer pour un « coût ».
Tant que banques, État et actionnaires sont des « coûts à couvrir avant les salaires », le patron « n’a pas les moyens ». Lus comme des parts du travail non payé, la question devient : qui décide du partage ?
Pourquoi le capital doit comprimer v — et la Sécu avec
Pour tenir ce taux, qui tend à baisser quand les machines (c) prennent le pas sur le travail (v), le capital n’a que deux leviers :
Exploiter plus
À l’hôpital, on automatise peu : on densifie. Sous-effectifs, patients par soignante, nuits, 12 heures. C’est la chronique Une vie d’infirmière : « je n’aurai pas le temps d’écouter la réponse ».
Payer v en dessous de sa valeur
Geler les grilles, intérim, contrats courts — et obtenir de l’État la baisse des cotisations. Car les cotisations sont dans v : regardez les 1 742 € pour 800 € nets.
Dans ce bilan, la Sécu n’existe pas comme institution : elle est dissoute dans la ligne « personnel », dans v. Chaque fois que le groupe comprime v, il comprime la Sécu. Ce n’est pas une mauvaise gestion : c’est l’assiette.
La CSGU appliquée à San Donato, sans rien changer d’autre
On prend le bilan actuel du groupe, on applique la CSGU en régime permanent — plus aucune cotisation sur le salaire, l’ancien brut versé en net, et le barème arbitré : 20 % de toute la valeur ajoutée + 33 % de la part capital (VA moins les salaires versés, plafonnés à 2,5 SMIC par tête) — et on regarde qui reçoit quoi. Aucune augmentation de salaire n’est simulée ici : seul le mécanisme change.
Le compte de résultat, avant et après
| Étage | Aujourd’hui | Avec la CSGU |
|---|---|---|
| Valeur ajoutée | 1 890 | 1 890 |
| Salaires nets versés aux salariés | 791 | 1 014 (l’ancien brut) |
| Part salariale (cotisations, CSG, CRDS) | 223 | 0 |
| Part patronale | 426 | 0 |
| = Charges de personnel | 1 440 | 1 014 |
| CSGU : 20 % × 1 890 + 33 % × (1 890 − 1 014) | — | 667 |
| Impôts de production | 70 | 70 |
| EBITDA | 380 | 139 |
| − Amortissements (usure des équipements, 4,5 % du CA) | − 120 | − 120 |
| = EBIT (résultat d’exploitation) | 260 | 19 |
| − Intérêts (la dette ne change pas) | − 40 | − 40 |
| − Impôt sur les bénéfices | − 60 | 0 (pas de bénéfice) |
| = Résultat net | 160 | − 21 |
| Dividendes et réserves | 160 | 0 |
| Capacité d’autofinancement (EBITDA − intérêts − impôt) | 280 | 99 |
M€ / an. Décomposition du super-brut aux taux 2026 du régime général (brut = super-brut / 1,42 ; net = brut × 0,78). Barème bi-composante du corpus (décision n° 7) : part capital de San Donato = 876 / 1 890 = 46 %, taux effectif 20 % + 33 % × 46 % = 35,3 % — sous la moyenne nationale (≈ 38 %), parce qu’un hôpital est une entreprise de main-d’œuvre ; le plafond de 2,5 SMIC par tête (≈ 75 000 € par an) est supposé sans effet sur une masse salariale d’infirmières. Amortissements, intérêts et impôt sont les hypothèses de la cascade du §1 ; à tarifs et dette inchangés.
Jusqu’au résultat net, le groupe passe tout juste en perte : − 21 M€. Il garde une trésorerie d’exploitation positive (99 M€ après intérêts), inférieure à l’usure de ses équipements (120) : plus de dividende, un renouvellement du capital incomplet, une dette remboursée plus lentement. L’État perd aussi les 60 M€ d’impôt sur les bénéfices — déplacés, avec le reste, vers la Caisse et les salariés. À taux unique de 38 % sur la VA, la perte serait de 72 M€ ; le barème modulé ménage l’entreprise de main-d’œuvre et charge l’entreprise automatisée ou financiarisée (≈ 47 %).
Qui reçoit quoi
Pourquoi le profit encaisse-t-il tout ? Parce que la part salariale (223 M€) cesse d’aller à la Sécu pour aller aux salariés, et que la Sécu, au lieu d’être financée par la part patronale (426 M€), l’est par la valeur ajoutée (667 M€). Un hôpital, où le travail fait 54 % de la VA une fois l’ancien brut versé, est une entreprise de main-d’œuvre : le barème le place sous la moyenne (35 % contre 38) ; à l’inverse, un groupe à forte marge et peu de salariés monterait vers 47 %. C’est voulu : la cotisation suit la valeur créée et monte avec la part qu’en capte le capital.
Exemple à destination, à tarifs inchangés. La montée se fait par paliers (en 2027, les cotisations sont maintenues et la recette garantie à 700 Md€ au niveau national) ; dans le programme, les groupes hospitaliers privés rejoignent le Pôle public hospitalier et leurs recettes viennent de la Caisse, qui fixe les tarifs. Lu en marxiste, le résultat net négatif dit une chose simple : à ce taux, ce groupe ne peut plus financer sa Sécu en comprimant ses salariés ; il ne peut plus la financer qu’en cessant d’être un capital.
L’impôt de répartition productive (IRP), en détail
La simulation ci-dessus garde les 70 M€ d’impôts de production et met l’impôt sur les bénéfices à zéro. Dans le programme, les deux disparaissent dans un seul impôt, l’impôt de répartition productive, qui ne taxe plus le bénéfice comptable mais l’écart entre le partage observé de la valeur ajoutée et la cible 70/30 travail/capital — le partage de la France de 1965-1985, avant la chute à 63-66 % aujourd’hui.
- Assiette. La valeur ajoutée est partagée en part travail (salaires versés, intéressement et participation des non-actionnaires, formation effective) et part capital (tout le reste : excédent, amortissements, intérêts, loyers excessifs, dividendes, rachats d’actions). Le taux dépend du ratio part travail / VA.
- Cinq zones. Part travail ≥ 70 % : 0 % (coopératives, services à la personne, PME familiales). 60-70 % : 0 à 8 %, transition douce. 50-60 % : 8 à 25 %, rappel à l’ordre (grande distribution, grandes ETI). 40-50 % : 25 à 50 %, redistribution forte (chimie-pharmacie, numérique, télécoms). ≤ 40 % : 50 à 75 %, extinction de la captation (luxe, banques systémiques, énergie fossile, plateformes) — ces groupes ne tiennent qu’en passant en cogestion, en cédant des parts aux salariés ou en déplaçant leur résultat vers les salaires.
- Convention de calcul continue (celle des simulateurs du programme) : IRP ≈ 43 % × (part capital − 30 %) × VA, nul sous 30 % de part capital.
- Clause de sauvegarde. L’IRP est écrêté pour laisser à l’entreprise un profit de 10 % de sa valeur ajoutée : il ne tue pas l’entreprise de main-d’œuvre, il plafonne la rente. Trajectoire : partage 65/35 en 2032, 70/30 en 2037, soit ≈ 100 Md€ par an déplacés du capital vers le travail ; rendement ≈ 160 Md€ (dont ≈ 95 d’impôts de production absorbés), une part (≈ 70 Md€) étant affectée à la Caisse dès 2027.
- Garde-fou. Le profit déguisé en salaire — le propriétaire qui se paie, lui ou sa famille, pour gonfler la part travail — est compté comme du capital au-delà de la rémunération normale (au plus 2,5 SMIC, trois fois le salaire médian de l’entreprise ou la référence de la filière), et imposé comme un revenu du capital.
Appliqué à San Donato. Part travail = 1 014 / 1 890 = 54 % : zone 3, « rappel à l’ordre ». En convention continue, 43 % × (46 % − 30 %) = 6,9 % de la VA, soit ≈ 130 M€ avant écrêtement. Mais au taux de destination de la CSGU, le profit du groupe avant IRP (EBITDA 209 une fois les impôts de production absorbés, moins 120 d’usure et 40 d’intérêts : 49 M€, soit 2,6 % de la VA) est déjà sous le plancher de 10 % : l’IRP est nul. En régime complet, San Donato paie donc 667 de CSGU, zéro impôt sur les bénéfices, zéro impôt de production, zéro IRP — et garde un résultat de + 49 M€ au lieu de − 21 : la cotisation a fait le travail que l’impôt n’a plus à faire. Le seuil du profit privé recule alors de b ≈ 31 % à b ≈ 39 %. La case « impôts de production absorbés par l’IRP » du curseur ci-dessous montre ce régime complet.
Option : faire varier le taux avec un curseur — détail du compte à chaque valeur, seuils et explications
La simulation ci-dessus est faite au barème arbitré (20 % de la VA + 33 % de la part capital). La fraction sur la part capital, b, est le taux que l’assemblée de la Caisse arrête chaque année : voici ce que donne San Donato quand on la déplace, du 20 % flat jusqu’au-delà du taux de destination. Tout le reste est tenu constant : tarifs, dette, activité, salaires versés (l’ancien brut, 1 014 M€).
CSGU = 20 % × 1 890 + 33 % × (1 890 − 1 014)
Lire les seuils
Hypothèses : comptes reconstitués du §1 ; salaires versés = ancien brut (règle du programme) ; plafond de 2,5 SMIC par tête sans effet sur une masse salariale d’infirmières ; gestion publique = intérêts à 0 % (BPP), pas d’impôt, pas de dividende ; rendement national = 20 % × 2 100 + b × 52 % × 2 100 (assiette de destination, part capital agrégée ≈ 52 %) ; 704 Md€ garantis en 2027, 804 au bouclage de destination, 900 avec la retraite sans calcul. Ordres de grandeur pour comprendre le mécanisme, pas un chiffrage.
Ce qui change quand les salaires bougent
| + 800 € nets par infirmière | Aujourd’hui | Avec la CSGU |
|---|---|---|
| Ce que reçoivent les infirmières | + 57 M€ | + 57 M€ |
| Ce que reçoit la Sécu en plus | + 67 M€ | − 19 M€ (la part capital baisse de 57, la CSGU de 33 % de 57) |
| Ce que paie le groupe | 124,65 M€ | 38 M€ (57 de salaires − 19 de cotisation) |
| EBITDA après la hausse | 255 M€ (sur 380) | 101 M€ (sur les 139 de la simulation ci-dessus) |
| Le groupe baisse les salaires de 10 % | Aujourd’hui (− 144 M€ de v) | Avec la CSGU (− 101 M€ de salaires versés) |
|---|---|---|
| Ce que perd la Sécu | − 65 M€ | + 33 M€ (la part capital monte de 101, la CSGU de 33 % de 101) |
| Ce que gagne le groupe | + 144 M€ | + 68 M€ seulement — et l’IRP relève encore le taux |
Aujourd’hui, la Sécu est liée au salaire : elle gagne quand il monte, perd quand il baisse — elle est donc comprimée avec lui. Avec la CSGU, la Sécu est liée à la valeur créée et au partage qu’en fait le capital : comprimer v lui rapporte, relever v coûte au capital deux fois moins cher qu’aujourd’hui — c’est l’incitation voulue, jusqu’à 2,5 SMIC par tête ; au-delà, un salaire de plus ne réduit plus rien, et le patron qui se paie au-dessus de la norme est compté comme du capital. La plus-value, VA − v, est mesurée et déclarée ; la cotisation porte sur la VA entière, puis sur la part capital.
Ce que ça change pour les patients et les salariés du groupe
- 100 % Sécu : plus de reste à charge, plus de mutuelle — le 70 % + dépassements devient 100 %.
- Brut = net : une infirmière à 1 700 € nets touche son ancien brut, ≈ 2 180 € ; part salariale et CSG disparaissent du bulletin.
- Des droits sans calcul : retraite, maladie, chômage par l’appartenance au statut de producteur, pas par un compte de cotisations.
La CSGU ne demande pas à MC Pao s’il a les moyens. Elle prélève sur tout ce que ses infirmières ont produit, salaires compris, avant que le groupe ne se serve — et en soustrayant ce qu’elles ont été payées, elle fait apparaître la survaleur, sur laquelle son taux monte. C’est la seule cotisation qui lit le bilan comme Marx, et la seule que le capital ne peut réduire en comprimant les salaires : les comprimer la fait monter.
Pourquoi c’est nécessaire. Tant que la Sécu est dans v, chaque crise du taux de profit se règle sur elle : exonérations, gel, déremboursements, mutuelles. Le 100 % Sécu que tout le monde promet, financé sur le salaire, serait repris à la crise suivante. Assise sur toute la valeur ajoutée, à un taux qui suit la part du capital, la Sécu cesse d’être la variable d’ajustement du profit : elle en vit, et elle le limite.
Les mots
- Valeur ajoutée
- Chiffre d’affaires − achats. En Marx : v + pl, la valeur nouvellement créée.
- c, v, pl
- Capital constant (machines, achats : transmet sa valeur) ; capital variable (salaires super-brut : la seule part qui produit plus qu’elle ne coûte) ; plus-value (le travail non payé).
- Net, brut, super-brut
- Net : sur le compte. Brut : net + part salariale (cotisations, CSG, CRDS). Super-brut : brut + part patronale. Pour le capital : v.
- EBITDA, EBIT, résultat net
- Profit avant usure, intérêts et impôt ; après usure ; après intérêts et impôt. Lecteurs : prêteurs et acheteurs, dirigeants, actionnaires.
- Capitalisation, levier
- Prix d’une entreprise = multiple × EBITDA. Levier = dette nette / EBITDA, plafonné par les prêteurs.
- Taux d’exploitation, taux de profit
- pl / v (se lit en heures de la journée) ; pl / (c + v) (ce que regarde le capitaliste).
- CSGU
- Cotisation Sociale Généralisée Unifiée : la protection sociale financée sur la valeur ajoutée des entreprises, plus aucune cotisation sur le salaire, Caisse unique gérée par les travailleurs et les usagers.
Sources
- Positions revue, thread du 2 novembre 2026 (CA 2,7 Md€, EBITDA 380 M€, 5 500 infirmières, simulation + 800 € nets) ; chronique Une vie d’infirmière.
- Marx, Le Capital, Livre I : ch. VI, section III, ch. XIX ; Livre III : ch. XIII-XIV, XXIV, XXIX, XLVIII. Salaire, prix et profit (1865).
- P. Le Masne, « La valeur nouvellement créée de Marx et la valeur ajoutée de la comptabilité nationale », Cahiers d’économie politique, 2024.
- Ratios hospitaliers (achats 30 % du CA, personnel 53 %, amortissements 4,5 %, dette, multiples) : ordres de grandeur du secteur, posés comme hypothèses.
- Programme « Ouvrir la brèche », volet CSGU : démonstration en quatre temps, note de chiffrage, contre-simulateur.